ALVERNHE Dominique
Dominique ALVERNHE
Texte de Yves-Michel Kerlau
Dominique est née la même année qu’Alexeï Rodionov.
Elle n’est pas sportive que physiquement, elle m’a d’abord fait remarquer que Kora ou Anne Marie méritaient de figurer bien avant elle dans cette rubrique. Ce n’est pas faux, mais Dominique Alvernhe détonne un peu dans le paysage du grand fond ; d’une part elle est, très académiquement, issue de la vitesse et d’autre part le tandem formé sur les sélectives avec Robert, son époux, est aussi discret qu’efficace et redoutable.
Son style épuré, ses gestions de course optimisées, sûres et sages, ses déplacements sur les sélectives en équipe extrêmement réduite (Robert au ravitaillement et à la régulation mais pas d’accompagnateur) en font l’un des meilleurs rapports performance sur intendance !
SA CARRIERE
Jugez plutôt : en à peine un an et demi, 4 sélectives et un 24h (Malaisie), deux victoires, une deuxième place et deux troisièmes places aux championnats de France de la spécialité, à quoi se rajoute bien sûr Paris Colmar en juin dernier.

Chez les Alvernhe l’athlétisme transpire, naturellement, intrinsèquement. Pour Dominique, cette passion est née durant les années collège et a toujours continué ; un peu plus tard, elle se spécialise dans le pentathlon (ancêtre de l’hepta) (100mhaies, Hauteur, Longueur, Poids et 200m), discipline qu’elle choisira pour option au concours du CAPEPS.
Après un premier poste de professeur d’EPS en Lorraine (tiens tiens ! déjà un petit coup du côté de la ligne bleue des Vosges...un signe ?), puis à Prades (66), elle garde un contact permanent avec son club Biterrois jusqu’en 1984 en participant systématiquement aux interclubs.
S’ensuit un déménagement à Montpellier en 1984 où les Alvernhe contribuent activement à la création du nouveau club d’athlétisme, le Montpellier Athlétisme, club qui a abrité en son temps des athlètes tels que Monique Ewange Epée (100 haies aux JO en 96), Bruno LeStum ou Raymond Pannier (petit clin d’œil de la part de l’ancien steepleux que je suis). Cross et courses sur route deviennent ses principales spécialités jusqu’en 1992.
La venue en stage de l’équipe de France de marche athlétique dans la région cette année là sera un tournant dans la carrière athlétique de Dominique grâce à la rencontre avec Gérard Lelievre, alors entraîneur national. Un entraînement intensif et structuré commence alors avec lui dans cette nouvelle discipline qui la conduit rapidement vers le haut niveau. Entre 1990 et 2000, elle remporte de multiples titres de CF vétéran sur 5000m avec en point d’orgue une sélection en équipe de FRANCE sénior aux 10km pour le match des 12 nations sur 10 km à Eichhorn (RFA) ainsi qu’un titre mondial vétéran en 2000 sur 20km décroché à Valladolid. Une blessure contractée en 1999 la pousse à explorer d’autres terrains que l’exigeante et traumatisante marche de vitesse à haut niveau ; elle se tourne alors vers les courses de montagne et autres trails. Après un test concluant aux 100 km de Millau 2005 (couverts en 15h en marche de fond), sous l’impulsion de Robert, elle s’oriente vers le grand fond et ses épreuves sélectives.

Sans rien connaître du milieu (marchons.com n’existe pas encore à cette époque ...), elle s’inscrit aux championnats de France 2006 des 170km à Bar le Duc fin Avril, non sans préparer le 3000m des Championnats du monde vétéran en salle. Les Alvernhe se rendent à Bar, en train, sac à dos, avec 2 baguettes de pain, quelques bananes et gâteau de riz ! ...mais avec la ferme intention de terminer les 170km en moins de 24h, performance Nationale 1 qu’elle n’avait plus refaite depuis 2000 (ça c’est du panache !). Elle se classe 3ème à ces championnats remportés par Sylvie Maison qui a remarquablement narré son combat contre Sylviane Varin sur le forum de marchons.com. Malgré des propositions appuyées pour participer au Paris Colmar 2006, ne connaissant rien de cette épreuve, Robert et Dominique préfèrent accompagner Sylvie Maison pour la découvrir et apprendre.
D’emblée, elle a été séduite par ce défi fabuleux demandant autant de courage et de volonté. La tentation a ensuite été trop forte et elle a tout mis en œuvre pour être au départ en 2007.
Née en février 1957, elle passe donc V2 la saison dernière ; après une deuxième médaille de bronze aux France de 170 km à Bourges (derrière Kora et Anne Marie), elle s’empresse de descendre le record de France W50 à 15’25 puis 15’17 aux interclubs. Elle peut psychologiquement se consacrer ensuite à Paris-Colmar.

Comme c’est souvent le cas dans cette belle discipline, Sylvie Maison renvoie l’ascenseur en en l’accompagnant sur ce Colmar 2007 et son apport aura été primordial pour lui permettre de gérer au mieux et terminer ce 1er Paris Colmar. Dominique est très fière de ce qu’elle y a réalisé en dépit d’un gros moment de détresse à la fin de la 1ère étape.
SA PREPARATION
Dominique est son propre entraineur depuis 2000, elle joue énormément sur l’expérience et la parfaite connaissance d’elle-même acquises durant les années de « vitesse ». Elle continue à faire des 3000m en salle l’hiver afin de garder de la vélocité pour les interclubs (l’amour du maillot, toujours !). Elle ne s’inflige pas de programme démentiel ; même si elle sort 4 à 5 fois par semaine, elle n’atteint les 100km hebdomadaires qu’à 4 ou 5 reprises dans l’année. Elle privilégie le bon sens et la sagesse, tout comme pour la gestion de ses courses. Elle reconnaît avoir encore à progresser dans les modes de préparation spécifiques pour Paris-Colmar (entraînement et alimentation).
Professeur d’EPS en lycée professionnel, elle reste très discrète sur ses performances et son palmarès même si des rumeurs à propos de son exceptionnel parcours en franchissent parfois les grilles : certains élèves l’interrogent sur notre discipline hors du commun et sont impressionnés par la durée des épreuves de grand fond, eux qui ont parfois du mal à courir 20 minutes !
Plus que les victoires, elle est sensible à la performance chronométrique, et son souhait sera de toujours repousser ses limites….. Sur 170 km elle a réalisé respectivement 23h24’57’’ à Bar le Duc en avril 2006, 22h50’03’’ à Dijon en octobre 2006, 22h47’15’’ à Bourges en mars 2007 et enfin 22h31’46’’ à Vallorbe en octobre dernier. Grosso modo elle gagne un gros quart d’heure à chaque sortie !
RECORDS en marche de Dominique (au 15 novembre 2007...)
3000m 13’49"5 1995 5000m 23’47"5 1994 10 000m 49’24"7 1996 20km 1h49’36" 1998 Grand Fond 22h31’46 (Vallorbe) 2007 Paris-Colmar 306km en 47h31mn 2007
J’ai souhaité faire maintenant ce portrait de Dominique parce que je pense qu’elle va jouer un rôle important dans le grand fond féminin. Peut être dès l’an prochain, sur les sélectives où elle est en capacité de jouer une place aux France. Sur Paris-Colmar enfin, où il ne fait aucun doute qu’avec Robert, tous les éléments de l’édition 2007 seront analysés, décortiqués, optimisés et j’espère que l’on verra Dominique à sa place en 2008 (c’est à dire pas loin de la première).