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Marche de fond et de grand fond           Aujourd'hui 02 juin nous souhaitons un joyeux anniversaire à Hervé Colin , Patrick Mercier, Guy Govaere, Henry Bellière, Yvon Breda, Claudine Anxionnat et Laurent Bovin !            
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Le Paris-Colmar de Jacqueline GUIZONNE

Jacqueline GUIZONNE par Yves-Michel KERLAU

Paris Colmar 2008 avec Jacqueline Guizonne Rencontre

J’ai fait la connaissance de Jacqueline Guizonne en janvier 2008 lors du stage de grand fond à Neuilly sur Marne, je la connaissais de réputation pour sa victoire aux 28 heures de Bouillante à l’automne précédent, ce qui lui avait valu une invitation de Hervé Delarras l’organisateur de Paris Colmar. Ne voulant pas me griller durant ce stage de trois jours, je suis resté dans un groupe de niveau homogène dont elle faisait partie (avec Véronique Naumowicz, Bernadette Quinqueton et Michel Robinet). De plus, nous étions placés tous ensemble à table, ce qui a contribué à tisser des liens.

Sur ce Colmar 2008, je devais initialement accompagner l’Américaine Dorit Attias mais, suite à des problèmes physiques, celle-ci a du se résoudre à faire une saison blanche. C’est donc dans ce contexte que Jacqueline a fait appel à moi pour préparer et l’accompagner sur Paris Colmar.

Début d’une collaboration en vue de Paris Colmar

Totalement bizuth en ce domaine mais plein de bonne volonté et ayant compilé beaucoup d’information en matière de préparation, d’entrainement, de soins et de diététique ; je commençais par lui préparer un plan d’entraînement puis un plan d’alimentation. Guy Destré, régulateur hors pair, me transmit le plan de route prévisionnel et celui réalisé par Jean Claude Courcy sur le Colmar promotion hommes 2007, bases à partir desquelles j’établi celui de Jacqueline.

Le Paris Colmar féminin 2008

L’édition 2008 de PARIS – NEUILLY-SUR-MARNE – COLMAR se déroulera du 18 au 21 juin prochain. Le départ de tous les concurrents sera donné le mercredi 18 juin à 19h00 de la place de l’hôtel de ville à NEUILLY-SUR-MARNE. Les catégories féminines devront arriver à VITRY LE FRANCOIS (km 215,1) avant le vendredi 20 juin à 5h00. Pour ce faire, elles devront franchir le poste de contrôle de CHALONS EN CHAMPAGNE (km 179) avant 22h le jeudi 19 juin, et celui de POGNY (km 194) avant 1h le vendredi 20 juin. L’épreuve sera neutralisée et la compétition reprendra à 16h00 de NEUFCHATEAU pour 36,9 km jusqu’à MIRECOURT. Tous les concurrents arrivés dans les délais à MIRECOURT repartiront de CORCIEUX le samedi 21 juin à 10h00 pour le dernier tronçon CORCIEUX-COLMAR (53,7 km). Ils devront franchir la ligne d’arrivée Place RAPP à COLMAR avant 21h00.

1er jour : Le départ

Le départ de Neuilly sur Marne est un peu euphorique, il est rare qu’une compétition de marche se déroule dans une telle ambiance, une marche de grand fond de surcroît.

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Avant le départ, discussion avec le Suisse Urbain GIROD

Avant le départ, discussion avec le Suisse Urbain GIROD

Jacqueline part en léger surrégime : Sylviane Varin et Claudine Anxionnat sont certes devant mais Dominique Alvernhe et Cathy Forget sont derrière ; depuis le vélo, je conseille à Jacqueline de lever le pied, elle est à peu près à 8.5 km/h or c’est à 8 qu’il s’agit de lancer ce Colmar.

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La preuve d’un départ trop rapide : devant Lukashevitch, Ossipov et Rodionov !

Les côtes de Noisiel puis Guermantes sont avalées sans effort apparent : s’entrainant en Guadeloupe, Jacqueline est familière du travail en côte et sa façon de les aborder en souplesse, sans changement de rythme est assez impressionnante. Nous sommes également accompagnés de Bernard Thanron qui fait le Colmar par étapes ; ce dernier est escorté sur les premiers kilomètres de marcheurs parisiens, de Martine Journeau, de membres de cybermarcheur, dont ChriChri et Robinsonne. Dans l’euphorie de ces premiers kilomètres, cette dernière ne peut éviter un haricot et se paie une gamelle mémorable ; voyant qu’elle n’a rien, je profite pour lui dire qu’il vaut mieux que ça lui arrive à elle plutôt qu’à un des postulants Colmariens, ce qu’elle concède volontiers. Ces accompagnants nous quittent au bout de 10 km environ et nous nous saluons avec un peu de nostalgie : ils ne nous suivront plus qu’au travers du direct de http://www.marchons.com/. Après le Poste Contrôle de Villeneuve le Comte s’ensuit une succession de montées descentes que Jacqueline enfile comme des perles ; au bout de 40 km elle remonte Alvernhe et Forget et nous marchons 30 minutes de concert avec elles et leurs équipes : ce moment d’échange, voire de communion est très fort. Petit à petit, au train, Jacqueline les dépose, elle est en troisième position !

Première alerte

C’est à ce moment que Jacqueline m’informe d’échauffement à un pied, je lui demande si ses chaussures lui ont déjà posé des problèmes, elle me répond que non, et pour cause : elles sont neuves et ne les a jamais portées ! Je suis atterré, comment peut-on commettre une erreur de minime deuxième année alors qu’on est sur la plus grande épreuve de marche du monde ! Je l’arrête immédiatement pour effectuer un changement de chaussures et en profite pour enduire ses pieds de crème Akiléine NOK.

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Soins, avec Evelyne sa soeur

Alvernhe et Forget la repassent à ce moment là, sans doute pensent elles que Jacqueline a été trop présomptueuse et qu’elle n’ira pas très loin, je ne suis pas loin de penser pareil, c’est tôt, trop tôt sur un Colmar d’avoir de tels problèmes...

Première nuit

La première nuit se passe bien, dans la tiédeur, avec une pleine lune dégagée qui donne une bonne visibilité. Le long serpentin illuminé des camping-cars des marcheurs qui nous devancent nous donne de bons repères sur leurs allures respectives. Jacqueline passe sans encombre les PCS de Charly sur Marne (76 km) puis Château Thierry (91 km), hauts lieux de la marche de grand fond, sinon ressent-elle une douleur aux muscles cervicaux, conséquence d’épaules pas assez relâchées. Un cachet de vitamine C, un autre d’Efferalgan et un massage de la nuque pratiqué tout en marchant permettent de la soulager sans trop ralentir. Sans avoir particulièrement haussé son allure, Jacqueline remonte sur Claudine Anxionnat ; celle-ci semble en difficulté et ne nous a pas entendus arriver en raison du casque musical qu’elle porte sur les oreilles. Un échange de regard suffit à comprendre qu’elle ne rendra pas les armes sans livrer bataille. Je me dis qu’il faut se méfier, Claudine a une immense expérience et ne lâchera rien ; quand elle remet en route, je conseille à Jacqueline de rester dans son allure : il est trop tôt pour la bagarre. Pendant plusieurs heures Claudine Anxionnat restera à portée de vue pour petit à petit disparaitre et nous ne la reverrons plus : elle finira deuxième de l’épreuve.

Deuxième jour

A dix heures du matin, après 15 heures de marche, nous procédons à un changement complet de vêtements assorti d’une toilette sommaire, de soins et d’un crémage soigné des pieds à la NOK : les échauffements sont encore discrets et supportables. Un peu plus tard les podologues d’Akiléïne nous dépassent et demandent si nous avons besoin de quelques chose. J’estime préférable, quitte à perdre 10 minutes supplémentaires, de faire un arrêt pour que les pieds de Jacqueline soient traités par des professionnels. L’après midi se passe dans les coteaux de la Champagne (Epernay, Ay en Champagne...), nous traversons une quantité d’exploitations agricoles de Champagne et non des moindres : Perrier, Mercier ... Sur ces portions en tape cul, Jacqueline est très à l’aise, je suis vraiment épaté de son allure régulière, sans effort apparent.

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Jacqueline, très à son aise dans les tape culs

Peu avant le contrôle de Reuil (130 km), Jacqueline remonte Cathy Forget pourtant 3ème des dernières 24 heures de Bourges ce printemps. Sa vitesse est encore très correcte mais elle penche de plus en plus sur le côté, je pense à des ampoules mais à notre passage, celle-ci nous confie qu’elle souffre d’une tendinite à un muscle fessier ; pour avoir souffert de la même affection à l’automne 2007, je me doute qu’il lui sera très difficile d’atteindre Vitry. Jacqueline passe en 4ème position.

Les travaux de voirie au centre d’Epernay obligent le camping car à quitter le circuit des marcheurs pour prendre un itinéraire de délestage. Nous convenons qu’il faut en profiter pour refaire le plein de gazole (il faut aussi ravitailler le camping car...) et d’eau en bouteille dont le stock baisse rapidement (il fait très chaud en cet après midi). Nous restons donc à deux vélos pour assurer la sécurité de Jacqueline. A l’entrée d’Epernay, celle-ci se plaint à nouveau des pieds ; l’affaire est d’autant plus sérieuse que nous n’avons que du ravitaillement et pas de produit médical. Heureusement Daniel Dien qui est sur l’épreuve élite (450 km) nous suit de peu : nous pouvons emprunter un tube de NOK à son équipe qui sera rendu peu après au prix d’un gros sprint du deuxième accompagnateur vélo, un grand merci Daniel, tu nous as sauvé la mise ! La traversée d’Epernay est rendue pénible en raison des travaux : route défoncée, marche au milieu du trafic de voitures dont les conducteurs, comme partout, ne sont pas toujours très patients... Au poste de contrôle (144 km après 19h30 de marche, 50’ d’avance sur le tableau de marche), les officiels nous remettent une bouteille de Champagne, je la place dans le panier avant du vélo avec le ravitaillement ; l’ensemble rend assez bizarre ...

Sortie d’Epernay, toujours pas de camping car, inquiétude... Au bout de plusieurs dizaines de minutes je demande à un des motards de police qui nous sécurisent s’il lui est possible de remonter l’épreuve afin de le chercher. Il s’exécute de bonne grâce (les policiers, tout comme l’Ofrass, font un travail de sécurisation des marcheurs absolument remarquable) et quelques minutes après, me retournant, j’aperçois notre camping car qui remonte, précédé de deux motos de la police lui ouvrant la route toutes sirènes hurlantes. Les chauffeurs, hilares, étaient ravis d’être traités comme des Very Important People ; Jacqueline était surtout rassurée de pouvoir enfin se ravitailler avec des boissons plus fraiches... Je profite de l’occasion pour lui annoncer qu’elle est en train de battre son record de distance, Jacqueline n’en a cure : sa tête est à Colmar. Peu avant le point de Contrôle de Condé sur Marne (162 km, 22h27 de marche), nouvelle alerte d’échauffement aux pieds, elle s’arrête, je re-Noke mais constate qu’une cheville est enflée : c’est un signe courant inhérent à la marche de grand fond : il faut élargir les chaussettes au niveau des chevilles, deux coups de ciseaux et ce sera chose faite. Les autres chaussettes de rechange seront ensuite préparées de la même façon.

Jacqueline atteint Chalons en Champagne (180km) en 25h06 de marche, mentalement, je calcule qu’en 24 heures elle aura marché 172 ou 173 km. Exploit remarquable car, sur circuit sélectif, cette marque lui permettrait de réaliser les minima exigés aux hommes pour une sélection sur l’épreuve promotion du Colmar et de surcroît cela lui donnerait un niveau Nationale 1. Je suis très enthousiaste et en informe Jacqueline, cette dernière n’en a cure : sa tête est à Colmar et non pas, de son point de vue, dans la recherche de records intermédiaires.

Deuxième nuit

A la sortie de Chalons en Champagne nous essuyons une averse terrible, diluvienne, en un rien de temps nous sommes complètement trempés, dégoulinants. Comble de malchance le camping-car ne nous a pas encore rejoints après le PCS et nous sommes seuls au milieu d’un quartier très moyennement accueillant, sous les lazzis de quelques habitants qui nous regardent braver le déluge depuis leurs fenêtres. Mes pieds totalement trempés flottent dans les chaussettes et chauffent rapidement, je crains le pire pour ceux de Jacqueline déjà fragilisés par plus de 24 heures de marche sans interruption. L’enjeu est énorme à cet instant. Au bout de 20 minutes interminables, la pluie commence à diminuer d’intensité. Nous convenons alors de procéder à un changement complet de vêtements et, surtout, de chaussures et chaussettes. Jacqueline souhaite un abri de la pluie et surtout des regards. Le camping-car nous dépasse pour prendre position quelques centaines de mètres plus loin et sortir une chaise pour Jacqueline, l’endroit n’est ni abrité de la pluie pas plus que des regards : il n’y en a pas, tant pis, la situation est trop critique pour laisser le pas à la pudeur... Comme il pleut toujours, les chauffeurs et la cuisinière tendent une couverture de survie au dessus d’elle. Ses pieds ont développé deux belles ampoules : il faut percer, vider puis désinfecter en réintroduisant l’éosine. Je sors la seringue, je suis trempé, j’ai froid, mes mains tremblent, j’approche l’aiguille... ouf, tout se passe bien, Jacqueline est immédiatement soulagée (moi aussi !). L’enfilage des chaussettes puis des chaussures est douloureux et très difficile, surtout au niveau des talons. La remise en route ne l’est pas moins : les articulations des jambes sont bloquées. Jacqueline n’est pas au mieux, ce qui se comprend avec la grande fatigue conjuguée à ce temps devenu crachineux, il reste environ 35 km avant l’arrivée à Vitry Le François. Je décide de me changer rapidement et de marcher à ses côtés jusqu’au bout ; je présuppose qu’une grosse bataille reste à livrer... Je ne me doutais pas à quel point !

Arrivée à Vitry

Au passage du PCS de Pogny (195 km de marche en 27h47mn) l’allure est encore correcte, il reste 20 km avant Vitry Le François : 3h30 prévues au tableau de marche.

Jacqueline commence à souffrir de l’effort, le sommeil commence à la gagner, elle dodeline, pause parfois sa tête sur mon épaule. En pleine nuit, nous sommes doublés par Pascal Biebuyck, Colmarien Belge blessé sur sélectives, accompagné de son fidèle supporter Freddy. Pascal connait ces moments là, il hurle à Jacqueline « c’est bon maintenant, le compteur descend ». Propos qui ne remontent guère son moral qui est vraiment bas. De surcroît les villages sont très espacés, les routes sont très sombres, humides et désertes, il est difficile de se repérer, encore moins d’évaluer l’allure à laquelle nous marchons.

Soudain un camping car monte à notre hauteur, c’est celui de Cathy Forget, Philippe Dols son entraîneur, me confie que Cathy s’est arrêtée à Chalons vaincue par sa tendinite. Philippe dit à Jacqueline que sa marche est encore très correcte, tonique et qu’elle va y arriver ; peut lui chaut : elle souffre trop. Je serre la main de Philippe, ils repartent directement sur Lyon, bonne récupération Cathy et au plaisir de te revoir sur d’autres épreuves où ça rigolera autrement pour toi !

Les 7 derniers kilomètres sont véritablement atroces, à Vitry Le François, nous empruntons une rocade d’entrée peu éclairée, peu sécurisée et sommes doublés par des camions qui nous arrosent copieusement au passage ; cette rocade longe une ligne de chemin de fer dont chaque convoi fait un bruit épouvantable dans le silence de la nuit. Jacqueline en a marre, veut monter dans le camping-car, me crie que je lui mens sur la distance qui reste à faire. Moi-même je ne suis pas au mieux, par moment ma vue se trouble et je crois apercevoir des panneaux de Paris-Colmar qui n’en sont pas ; à l’inverse, malgré son immense fatigue, Jacqueline est extrêmement lucide : il sera difficile de la leurrer. Il faudra alors tout l’humour et la nonchalance d’un autre accompagnateur pour me soulager dans ce soutien moral car, nerveusement, je suis à bout. Au loin il me semble apercevoir le frontispice éclairé d’une église ou d’un hôtel de ville, je n’ose dire à Jacqueline qu’on y est ; nous nous approchons, elle aperçoit la structure gonflable matérialisant l’arrivée à Vitry. Ouf ! Il est 2h17 du matin, Jacqueline aura marché 215 km en 31h17 pratiquement sans s’arrêter.

Guy Legrand, entraineur et officiel du Colmar, me dit que Jacqueline avait une des plus belles allures des arrivants et semblait moins à l’ouvrage que les 3 concurrentes précédentes ; il me précise que l’entrée sur Vitry Le François est effectivement terrible, même de jour, même pour les Colmariens qui la connaissent. Après auscultation, le podologue estime que ce sont les deuxièmes pieds les moins abîmés qu’il ait vu (femmes et élites confondus). C’est rassurant mais tout de même : compte tenu de l’état d’épuisement et de souffrance dans lequel elle se trouve, comment repartir dans à peine 14 heures ? D’autant que nous devons encore rouler vers St Dizier afin de nous coucher.

Je prends une chambre en formule 1, Jacqueline reste dormir dans le camping-car, après une douche rapide, je me couche à 6h30 et, le corps ayant ses mystères, je me réveille sans assistance à 8h15 alors que mon réveil était réglé sur 9 heures.

Neufchâteau-Mirecourt : Fortune de Colmar

Au réveil Jacqueline semble aller beaucoup mieux, à part les pieds, elle semble avoir récupéré, après une douche, au massage, ses muscles sont très souples, une cheville est encore un peu enflée. Sylviane Varin, actuelle leader du Colmar féminin, qui résidait dans le même hôtel, nous indique qu’il faut découper la chaussette non pas sur le devant de la cheville de mais sur les côtés et ainsi la pression se fera moins forte sur le coup de pied, c’est tellement évident, fallait il y penser... A 12h30, nous nous transportons sur Neufchâteau, lieu de départ du second tronçon, long de 37 km. Je passe 50 minutes agenouillé à ses pieds à lui protéger les talons, vider les ampoules, sécher...

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Neufchâteau : après la préparation des pieds

Alexandra Marcoux, une podologue d’Akiléïne vient alors à mon secours et lui protège les talons avec du pansement hydro-colloïde maintenu par du strapping le tout noyé dans une épaisse couche de NOK. L’échauffement musculaire est un peu difficile mais le moral remonte un peu.

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Neufchâteau : surtout ne pas partir trop vite...

J’avais prévu un redémarrage à 6 km/h, d’autant qu’une côté sévère de 4 kilomètres attend les marcheurs dès l’entame. Ses qualités d’ascensionniste font à nouveau merveille et elle remonte des concurrents qui « ne font que » l’épreuve par étapes et n’ont donc pas ses 215 km dans les jambes. Le moral remonte encore et je me dis que rien ne pourra plus arriver, j’avais tort.

Je marche aux côtés de Jacqueline lorsque j’entends le rugissement du moteur de notre camping car qui nous suit à 10 mètres, le temps de me retourner et j’aperçois avec effroi le monstre blanc foncer sur nous ; j’ai le temps de me dire que ce n’est pas possible, qu’on veut nous tuer. Je tire violemment Jacqueline par le bras et suis heurté par l’avant du véhicule, nous nous affalons lourdement sur le milieu de la route, heureusement qu’aucun véhicule ne dépassait à ce moment là ! Jacqueline hurle, plus de dépit, de désespoir et de rage que de douleur. Elle souffre néanmoins de la hanche, du coude et du genou, le redémarrage est très pénible, l’ambiance du village dans lequel nous entrions tombe instantanément et c’est dans un silence de mort que nous le traversons. Jacqueline est folle de rage, je lui dis (même si j’ai également du mal à le faire moi même) de se calmer, de se remettre dans son Colmar, que le camping-car est derrière mais que Colmar c’est droit devant, qu’on ne pourra rien y changer. Il s’avèrera que le copilote voulant rejoindre trop brusquement l’arrière du camping-car a malencontreusement appuyé sur le pied d’accélérateur du chauffeur...sans commentaire... mais on a échappé à un drame ! Dans le monde maritime, les marins appellent fortune de mer une avanie qui se produit en mer, ici c’est bien une fortune de Colmar que nous avons essuyée !

Ceci n’empêche pas Jacqueline d’atteindre Mirecourt à 21h42, soit avec 3 minutes d’avance sur le plan de route prévisionnel pour ce tronçon. Comme à chaque arrivée, les officiels lui remettent son prix : une petite enveloppe contenant 150€ en liquide. Ce geste est simple et hors du temps : à l’heure des moyens de paiement modernes, il illustre bien toutes les traditions, souvent émouvantes, que perpétue cette magnifique épreuve qu’est Paris-Colmar.

Corcieux-Colmar : L’apothéose

Nous prenons la route pour Corcieux, je fais le point avec Jacqueline à l’arrière du camping car : elle souffre de la hanche mais c’est surtout le côté interne du genou qui inquiète : elle a des difficultés à le plier, dans quel état sera-t-elle demain ? Par ailleurs ses pieds la font encore beaucoup souffrir.

Nouvelle très courte nuit (3 heures) que nous avons passée dans le camping-car avec Evelyne, la sœur de Jacqueline, chargée de l’intendance, les autres membres de l’équipe dorment dans une ancienne abbaye. Au matin il faut se lever pour se préparer puis se rendre en zone départ. Près des sanitaires de l’Abbaye, je croise Sergueï Dvorestski leader du Paris Colmar élites (450 km) allongé sur une table, aux soins avec sa soigneuse Russe qui parle un excellent français, ses pieds sont à peu près dans le même état que ceux de Jacqueline ; en revanche il présente une rougeur très marquée sur un tibia. Je pense à un coup de soleil, mais sa soigneuse me répond que non : c’est une tendinite au jambier (tendon releveur qui l’aura contraint à l’abandon l’an passé), comme il doit souffrir, comme cette dernière étape de 60 km va être difficile pour lui. Mon regard mêlé d’admiration et d’apitoiement croise le sien, ses yeux semblent me remercier de l’attention, je suis épaté de tant de simplicité : c’est un des tous meilleurs marcheurs du monde. Au lever, Jacqueline va un peu mieux : de la chute d’hier, seule l’articulation du genou, qui n’a toutefois pas enflé, est douloureuse. S’agissant de la dernière portion, toutes les catégories (Elites et promotion hommes, féminines, étapes) prendront le départ ensemble à 10 heures. Une importante agitation anime la zone départ ; tout particulièrement, les podologues d’Akiléïne sont assiégés par les marcheurs dont certains en sont à près de 400km. Pour ne pas céder au stress, nous convenons que je lui prépare les pieds, quitte à arrêter un podo pendant l’épreuve, mais au moins les deux heures précédent la départ seront-elles plus sereines.

Je passe près d’une heure à percer et vider quelques ampoules, appliquer du pansement hydro-colloïde, strapper puis Noker le tout. L’échauffement est assez délicat, les pieds et le genou sont douloureux ; durant cet échauffement, nous croisons Sébastien Biche, champion de France en titre du 50 km marche, je fais les présentations, le félicite pour l’ensemble de sa carrière, lui ne tarit pas d’éloges sur l’exploit réalisé par les marcheurs Colmariens de grand fond ; sympa Sébastien, un très bel esprit sportif. Quant à moi je suis aux anges : tant de champions croisés dans la même journée et il n’est même pas 10 heures du matin ! Cet ultime tronçon de 57 km emprunte le col du Bonhomme long de 10 km à 5% et nous fait monter de 400 à 950 mètres d’altitude, s’ensuit une très longue descente de 20 km avant les 12 derniers assez plats avant Colmar.

Après une quinzaine de kilomètres, à Fraize, je me place à ses côtés, durant l’ascension, son allure est la même que depuis le départ dans les côtes : souple, puissante, son visage ne trahit strictement rien. Au train elle remonte nombre de marcheurs partis beaucoup plus vite et qui coincent dans ce col. Il fait chaud, très chaud même et il est nécessaire de brumiser régulièrement Jacqueline. Le passage au sommet du col est un moment inoubliable, une foule importante et connaisseuse applaudit les marcheurs, c’est l’Alpe d’Huez !

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Peu avant le sommet du Col du Bonhomm

Je reconnais Daniel Dien, j’en déduis qu’il s’est retiré de l’épreuve élite, il est malgré tout venu encourager les copains, merci Daniel et merci encore pour le prêt de Nok qui a peut être sauvé la mise de Jacqueline à Epernay !

La descente est plus délicate, son pied gauche la fait souffrir : le strapping que j’avais placé entre les orteils a glissé. On s’arrête immédiatement, je restrappe plus large et un peu plus serré, un coup de Nok ; le tout en 6 minutes chrono et Jacqueline repart, il reste 30 km environ ; elle ira ainsi jusqu’au bout. Je reste à l’avant du camping-car pour surveiller sa marche, sa pause de pied, sa posture...

A l’entrée de Colmar, nous sommes rattrapés par un TGV : Jérémy Cys, Jérém, certainement très euphorique à ce moment là, termine en boulet de canon. Il est accompagné de Florian Letourneau vice champion national espoir du 50 km marche et c’est au moins à 10 km/h, dans une technique de marche athlétique très académique, que le duo passe une Jacqueline imperturbable, qui restera dans son rythme. Malgré l’immense effort accompli, elle arrivera à Colmar sans dégradation notable de son attitude. A 18h10, elle passe la ligne en, 4ème position au classement général féminin, elle aura couvert les 305 km en 45h09, à une moyenne de 6.8 km/h et terminé avec 51 minutes d’avance sur le plan de route que nous avions initialement arrêté.

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Entrée dans la légende, Pierre GAU l’accueille

Elle rentre dans un cercle fermé de quelques 30 à 40 femmes ayant rallié Colmar, qui plus est en ce qui la concerne, à sa première tentative, ceci quasiment sans expérience du grand fond ! Cet exploit lui a valu une coupe remise par la Police Nationale qui récompense une athlète ayant rallié Colmar à sa première tentative.

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Coupe remise par la Police Nationale

Colmar-Nantes

Après les soins dispensés par les podologues d’Akiléïne et un ultime massage-streching que je lui prodigue, suivis d’une rapide toilette, je quitte l’équipe pour Strasbourg. A la gare de Colmar, je tombe sur l’équipe de Sergueï Dvorestski attablée à la terrasse d’un restaurant, il me reconnait (quoi ! moi le microbe !) ; je m’arrête le félicite chaudement pour sa très belle et méritée victoire, discute un peu avec sa soigneuse et ses équipiers Français. Sergueï me donne un autocollant de sa victoire à Colmar, je suis ému et heureux comme un gosse.

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Autocollant célébrant la victoire de Sergueï Dvoretsky

Arrivé à Strasbourg, des voitures circulent en klaxonnant et arborant des drapeaux Russes ; je pense à la victoire de Sergueï, mais non, ça ne peut pas être ça ; et je me souviens qu’il y a aussi un Euro de football ; malheureusement ce n’est pas demain qu’on fêtera de la sorte une victoire sur le Colmar, comme ça l’était peut être dans les années 30 à 60.

Bilan

Sans aucune expérience pratique, sinon la participation comme ravitailleur à quelques 24 heures, mais une synthèse d’informations glanées ça et là (stage de grand fond animé par Jean Cécillon et Guy Legrand, forum de marchons.com, le livre Colmarche et Rêve de Bernard Thanron, les tableaux d’allures 2007 de Jean Claude Courcy transmis par Guy Destré, divers témoignages écrits d’autres marcheurs...) nous ont permis, à Jacqueline et moi, de préparer cette épreuve avec une structuration minimum. L’athlète a fait le reste... Jacqueline possède un niveau mental très élevé, elle est très intelligente, calculatrice, lucide en tous moments, déterminée, sérieuse ; elle possède un gros caractère mais écoute et applique cependant les conseils qu’on lui donne. Au vu de son état de forme à l’arrivée et de son parcours en général, je pense qu’il y avait possibilité de faire mieux, mais comment imaginer la réaction physiologique d’un corps soumis pour la première fois à pareil effort ?

En tous cas ce fut un honneur de l’assister. A titre personnel, j’aurai énormément appris en matière d’établissement et gestion d’un plan de marche, en soins et tout particulièrement en podologie, si stratégique sur ces épreuves de grand fond ; j’espère pouvoir appliquer à mon compte tous ces enseignements Les 10 derniers kilomètres avant Vitry Le François ont été très pénibles et je me disais, tout comme Jacqueline d’ailleurs à ce moment là, que non, plus jamais, que ce n’est pas possible un truc pareil. Et puis le lendemain, la grinta, la passion, l’envie d’aboutir reprennent le dessus ! J’ai aussi découvert, moi le mauvais dormeur, que 5 heures de sommeil cumulées en trois nuits n’empêchent pas d’être physiquement et psychiquement opérationnel ; à ce titre également ce fut une expérience très enrichissante.

Sportivement vôtre Yves-Michel Kerlau (KLY).

Merci pour ses clichés à Guy Destré, le David Hamilton de la marche de grand fond.

Daniel DUBOSCQ