PRESENTATION DE L’EPREUVE PAR JEAN CECILLON
Présentation de l’épreuve par Jean CECILLON
Après 15 années d’insuccès, un français gagnera-t-il à COLMAR ?
Cette question peut se poser après la « retraite » du grand champion polonais URBANOWSKI. En effet, depuis 1993 et la victoire de Noël DUFAY, jamais un marcheur français n’a réussi à monter sur la plus haute marche du podium dans la cité alsacienne. Zbigniew KLAPA et Grégor-Adam URBANOWSKI ont monopolisé les lignes du palmarès. Le russe Alexeï RODIONOV fut le seul à pouvoir interrompre leur domination en fêtant l’an 2000.

Quoi qu’il arrive, l’année 2008 marquera un renouveau dans cette légende de la marche de fond. Le comité d’organisation a décidé de modifier la structure de l’épreuve en panachant les parcours des deux dernières années pour les féminines et la catégorie promotion. Puis, pour donner du rythme et amener de nouveaux marcheurs, une quatrième compétition a été intégrée au fil du parcours. Ce PARIS-COLMAR par étapes sera une vraie nouveauté et je souhaite que cette innovation incite d’autres marcheurs à venir découvrir notre univers. Je pense également que cette approche pourra permettre à des marcheurs moins rapides d’avoir envie de franchir le pas.
Cette année, une quinzaine de concurrents ont d’ores et déjà répondu à l’appel de l’organisateur pour effectuer l’intégralité de la distance. 173 kilomètres répartis en 6 étapes sont au programme de l’édition 2008. Une dizaine d’autres se sont inscrits pour prendre le départ de certains tronçons. Initiative originale et inédite, qu’il faudra suivre avec intérêt pour l’avenir de notre discipline.
Mais cette formule n’occultera pas la grande épreuve. 451 kilomètres de bitume séparent NEUILLY-SUR-MARNE de COLMAR et seuls 16 hommes ont été invités à prendre le départ de la catégorie « élites ». Trois jours et trois nuits de marche, avec seulement deux petites heures de repos à mi-course. La formule peut paraître inimaginable, invraisemblable ou impensable dans une société moderne ou chaque individu cherche à économiser son carburant en refusant tout palliatif. Ces paradoxes sont les reflets d’une ère moderne où tout effort est proscrit. Chacun recherche donc le moyen de conserver la ligne et le moral sans bouger de sa maison.
Heureusement pour nous les passionnés de sport amateur, nos héros vont se dépenser sans compter et vont nous offrir un spectacle digne du plus grand intérêt. Un Colmar ne peut être vécu que de l’intérieur. Fatigue, blessures et rebondissements seront quelques uns des ingrédients nécessaires au bon déroulement de cette compétition hors norme et hors du temps.
Huit ans après son cavalier seul de l’an 2000, le russe Alexeï RODIONOV tentera de reconquérir une nouvelle victoire. Pour cela, Alexeï bénéficiera de son expérience avec déjà une quinzaine de participations au compteur et six places de deuxième. Il est le favori logique et incontesté. Il s’est entraîné pour être prêt « le jour J » et il sait qu’à 50 ans, les opportunités de gagner seront de plus en plus rares. Alexeï rêve plus que tout autre marcheur de cette victoire, mais il sait que l’édition 2008 sera des plus ouvertes et tous ses adversaires seront à l’affût de la moindre défaillance.
Le premier d’entre eux sera un français, Alain COSTILS, le marcheur du SPN VERNON. Il s’est parfaitement préparé. Quatrième l’an passé, Alain a tiré les enseignements de son parcours et il a énormément travaillé son mental et sa condition physique. Champion de France toutes catégories lors des 200 kilomètres de BAR LE DUC il y a deux mois, Alain est la valeur sûre parmi les marcheurs tricolores. Bien sûr, il connait les aléas d’une compétition aussi longue et il n’oublie pas la défaillance qu’il a vécue en 2006 quand il dût arrêter au 300ème kilomètre. C’est en pensant à sa victoire dans la catégorie promotion 2005 qu’Alain doit marcher.

Le suisse Urbain GIROD aborde ce COLMAR avec des sentiments partagés. Il est le favori de quelques supporters au regard de ses résultats lors des circuits de sélection avec deux victoires, mais il est conscient qu’il n’a encore jamais rallié l’arrivée et avant de prétendre figurer parmi les vainqueurs potentiels, il faudrait déjà effectuer la totalité du parcours et il en a largement les possibilités.
Un autre russe, plus discret pourrait aussi contester la suprématie de son compatriote. Sergueï DVORETSKI, le marcheur du Locomotive de Kémérova connait bien le COLMAR en prenant le départ pour la 8ème fois. Sergueï avait quitté l’épreuve avant le repos de SAINT-DIZIER l’an passé alors qu’il revenait sur les talons d’URBANOWSKI. Sergueï est ensuite venu assurer deux très belles victoires lors des 200 kilomètres à BOURGES et à CHATEAU-THIERRY. Il sera alors le premier des outsiders.
Dimitri OSIPOV n’a pas confirmé son engagement. Cet athlète russe marche avec la régularité d’un métronome et ses excellents résultats lors des 28h00 de ROUBAIX permettent de penser que ses ressources sont loin d’être épuisées. Mais un COLMAR s’échelonne sur quatre journées et il faudra gérer tous les paramètres humains, matériels, logistiques, pour pouvoir franchir la ligne d’arrivée.
Dominique NAUMOWICZ tente un pari qu’il devrait réussir. Il se lance directement dans le grand bain de la catégorie élites, sans passer par celle de la promotion. Notre ch’ti devenu célèbre sans l’appui du film est un marcheur d’avenir. Son pas de fondeur lui permettra d’avancer même en étant fatigué. Il devra lui aussi franchir la barre des 28h00 de marche avant de continuer dans l’inconnue du dépassement de soi.
Parmi les autres marcheurs invités sur le grand parcours, seuls trois d’entre eux ont déjà franchi la ligne d’arrivée et devraient cette année encore figurer au classement final. Daniel DIEN, le banquier de PANTIN, Bernard FRECHENGUES, le postier du S.C.B.A. et mon ami suisse Roger BRUNET.

Ces trois marcheurs ont la même attitude et la même régularité. C’est une force supplémentaire qui paye en marche de grand fond et qui permet d’avancer encore et toujours au fil des heures.
Cédric VARAIN, Nicolaï LUKASHEVICH, Pascal BUNEL, et l’anglais Kévin MARSALL vont pour leur part se plonger dans cette inconnue au-delà des 24 ou 28 heures de marche. Ils essaieront de tenir durant trois jours et trois nuits, tout comme Pascal DUFRIEN, Jacky ALBRECHT et Dominique BERT.

Avec COLMAR comme seul objectif, ces concurrents devront gérer leur parcours pour rejoindre la ville repos de SAINT-DIZIER avant 7h00 vendredi matin, puis ils disposeront de 24h00 supplémentaires pour aller à MIRECOURT. Seuls les athlètes ayant atteint la cité du luth dans les délais seront autorisés à partager le bonheur de la dernière étape CORCIEUX – COLMAR samedi 21 juin.
L’édition 2008 en féminine sera moins ouverte que les années précédentes. La participation de la biélorusse Marina TARASSEVICH étant incertaine tant qu’elle n’a pas obtenu son visa, quatre favorites postulent pour le podium. L’expérience et la classe exprimée l’an passé par Anne-Marie MESMOUDI (arrivée avant tous les hommes à COLMAR en 2007) la désignent comme l’unique prétendante à sa propre succession.
Mais ce serait oublier sa fragilité qui l’a contrainte à un arrêt prématuré en 2006, ainsi qu’à la perte du titre au championnat de France à BAR LE DUC en avril dernier. Si Anne-Marie a retrouvé toutes ses capacités, ses adversaires devront s’employer ferme pour rivaliser.

En premier lieu, je pense à Sylviane VARIN, la néo-licenciée du SPN VERNON. Elle a arraché le titre de championne de France de grand fond toutes catégories et elle croit en ses chances de victoire sur la place RAPP. En 2007, elle s’est alignée avec les élites pour parcourir la totalité des 451 kilomètres. Elle retrouve l’épreuve féminine en 2008 avec l’envie de gagner et un entourage inédit pour elle.
La troisième prétendante au podium est elle aussi française. La Montpelliéraine Dominique ALVERNHE, ex-marcheuse de vitesse, a découvert le grand fond l’an passé. Calme et discrète, Dominique a pour avantage un mental exceptionnel et un style simple et efficace. Ses progrès remarqués durant la saison devraient se confirmer sur la route jusqu’à VITRY LE FRANCOIS. Son habitude du haut niveau et ses facultés de récupération devraient ensuite l’aider pour repartir de NEUFCHATEAU et de CORCIEUX.

Si quelques pronostiqueurs croient aux chances françaises pour la victoire, il serait vraiment chauvin d’écarter la plus expérimentée des partantes. Irina POUTINTSEVA a déjà participé 12 fois à l’épreuve et ses victoires en 2000 et 2003 ajoutées à ses cinq deuxièmes places font d’elle la marcheuse au plus beau palmarès.
Claudine ANXIONNAT a dépensé beaucoup d’énergie pour remporter le challenge « marchons.com ». Elle s’est reposée depuis un mois, mais j’espère qu’elle n’aura pas trop puisé dans ses réserves. Bien qu’elle annonce que 2008 sera le dernier, Claudine dispose encore des ressources suffisantes pour participer encore pendant quelques années.
Deux marcheuses tenteront l’aventure pour la première fois. Catherine FORGET, la première est lyonnaise et a accompagné son amie Corinne DOLS en juin dernier.

Sa régularité et son énorme potentiel sont ses atouts. J’ajouterai l’expérience et l’organisation parfaite de son coach Philippe DOLS, autant d’avantages qui devraient l’aider pour rallier l’arrivée. Jacqueline GUIZONNE est la moins connue des participantes. Pour ma part, je l’ai vu marcher en Guadeloupe durant 28h00, je l’ai revu avec grand plaisir lors du stage de grand fond à NEUILLY en janvier dernier et je sais qu’Yves-Michel KERLAU a tout mis en œuvre pour qu’elle ne manque de rien durant les 4 jours de compétition. Jacqueline va découvrir cette compétition. Son but est de mener l’aventure à son terme. Cette grande première devrait révéler son potentiel et lui donner envie de participer à d’autres compétitions d’endurance.

En consultant la liste des inscrits en catégorie promotion, on pourrait croire que cette épreuve est réservée aux séniors. Mais il ne faut pas se tromper, les participants à cette marche ont une grande expérience de la marche athlétique certains auraient pu dès cette année partir avec les élites. La promotion servira de réservoir pour alimenter la catégorie supérieure dès l’an prochain.
Je ne dégagerai pas de favori parmi les engagés, car jamais depuis sa création cette compétition n’a été aussi ouverte. Seul Philippe THIBAUX a réussi à marcher 200 kilomètres en 24h00 sur un circuit castel qu’il connait bien, mais comment va-t-il gérer une distance supérieure en ligne ?

David RUELLE, Cédric DOUBLET, Nicolas CHATILLON, Franck GUILLEMANT, Marc HAUMESSER et Jérémy CYS seront six autres chances françaises, mais eux aussi vont franchir un cap en s’alignant au départ de NEUILLY. A quelle vitesse doivent-ils effectuer le prologue jusqu’à VILLENEUVE LE COMTE et à quel rythme devront-ils repartir de CHALONS EN CHAMPAGNE jeudi prochain. Autant d’incertitudes et d’inconnues pour ces futurs Colmariens.

Deux étrangers vont venir perturber la suprématie française, le belge Ludo SCHAERLEACKENS et le suisse Sébastien GENIN. Deux styles différents mais deux valeurs sûres que nos compatriotes devront surveiller et contenir. Ludo a beaucoup progressé cette année et Sébastien bénéficiera des conseils avisés de son ami Urbain GIROD.
Deux marcheurs Guadeloupéens vont fouler le sol métropolitain et leur expérience des 28h00 de BOUILLANTE en octobre dernier sera leur seule marque de référence. Mais ces marcheurs se sont très bien préparés et ils n’auront aucune difficulté à se mêler à la lutte.


Laurent BOVIN est encore dans l’incertitude quant à sa participation au moment où j’écris ces quelques lignes. Licencié dans le plus connu des clubs d’athlétisme français, Laurent n’a pas encore trouvé un nombre suffisant d’accompagnateurs pour se lancer dans l’aventure. Bruno LEFEVRE, blessé a préféré renoncer et il devra encore patienter une année avant de connaître le bonheur de franchir la ligne d’arrivée avec son fils Valentin.
Coup de cœur particulier enfin dans cette catégorie à Pascal THEVENIN. » Calou » baigne dans le Colmar depuis sa tendre enfance. Aux côtés de son père Lucien un ancien commentateur des 200 km de TORCY notamment, puis en tant qu’accompagnateur de Noël DUFAY dans les années 90. Il fut également parmi mes équipiers au début des années 2000 et je suis heureux et fier qu’il se retrouve enfin au départ de cette prestigieuse compétition.

Car que ce soit en féminine, en promotion ou bien dans la catégorie reine des élites, NEUILLY-SUR-MARNE / COLMAR reste la plus grande épreuve de marche au monde , et le fait de se retrouver sur la ligne de départ révèle déjà d’innombrables heures d’entraînement et de préparation.
Bonne chance à tous nos héros des temps modernes. Que la météo soit clémente et que les meilleurs gagnent !
Place au bitume et régalez vous !!!
Jean Cécillon
Photos de Guy Destré