QUELQUES TEMOIGNAGES
Paris Colmar 2006 : la vision d’un néophyte

En 27 années de pratique, je n’avais encore jamais eu la possibilité de venir assister à cet évènement qu’est Paris Colmar. J’avais encore moins eu l’opportunité d’intégrer une équipe de suiveurs.
Il faut dire que les occasions de rencontrer les marcheurs de grand fond ne sont pas légion au cours de la saison pour les marcheurs de vitesse. Je n’allais donc pas manquer l’occasion qui m’était donnée d’aller voir ce mythique évènement. C’était aussi une manière de rendre hommage à nos aïeuls, glorieux défendeurs de l’Alsace, qui s’illustrèrent eux, en d’autres temps plus tragiques que sportifs.
Pourtant c’est une tragédie à laquelle j’ai assisté, tragédie en plusieurs actes avec les repos de Saint Dizier et étape à Mirecourt. Homérique pour les uns, cornélienne pour les autres.
Comment ne pas être admiratif, pour le moins, devant ces ombres sorties de la nuit, les yeux rougis par la fatigue et le corps meurtri par les kilomètres enchaînés des heures puis des jours durant. Pourtant ils avancent presque imperturbablement, avalant sans broncher les difficultés du parcours. Et quel parcours ! Les vignobles champenois, les premiers contreforts des Vosges pour finir en apothéose avec le col du Bonhomme, dont on me parlait tant depuis le départ. Attendu voire redouté par toutes et tous, véritable juge de paix qui aura façonné définitivement le podium, longtemps incertain quant à sa troisième place.
Les deux premières places acquises depuis longtemps par Urbanowski (pour la 9ème fois s’il vous plait !) et par Dvoretski, David Régy aura tenu tête jusque bout face au valeureux Alexeï Rodionov qui aura espéré jusqu’au Bonhomme après sa folle remontée de la veille, réduisant son écart d’environ 45’ tout au long de la journée du vendredi à seulement 12’ à Mirecourt.
J’ai eu la chance de vivre ce Colmar aux côtés de David qui a eu enfin l’insigne privilège de lever les bras place du général Rapp à Colmar.
Si sa neuvième tentative fut enfin la bonne, ce n’est pas dû au hasard. Il a su mettre tous les atouts de son côté. Il s’est préparé le plus sérieusement du monde, jusqu’à aller s’isoler 4 semaines en Avril à Font Romeu. J’étais loin de me douter avec quelle minutie il fallait prévoir en anticipant sur tous les scénaris possible. Pour être disponible 24h sur 24 à ses côtés, c’est une équipe de 13 personnes qu’il lui a fallut constituer avec des moyens logistiques considérables, 2 camping car et une voiture.
Mais tout ça pour quel bonheur, quels frissons, quand au loin dans l’interminable descente du col du Bonhomme sur Kaysersberg se dessinent dans le lointain les premières bâtisses de la cité natale de Bartholdi.
J’ai vu du panache dans les yeux de David qui aura bataillé jusqu’au dernier kilomètre pour s’assurer d’une entrée en tête dans Colmar pour une victoire d’étape, une place de premier français au général et une place sur le podium.
J’ai vu de la fierté dans le bleu des yeux embués de Roger Quemener, couleur bleu délavé par quelques larmes d’enthousiasme, pour ce fils spirituel qui depuis cadet rêvait de sa conquête de l’est. Je ne suis pas certain qu’il ait été plus ému par ses propres victoires durant son long règne !
J’ai vu de la grandeur d’âme chez tous ces forçats de la route qui n’ont jamais si bien mérité ce surnom. Il fallait les voir à l’approche de l’arrivée savourer des yeux l’objet de leur quête et parfois se laisser submerger de ce bonheur simple. Arriver tous ensemble avec leurs équipes qui les auront portés jusque là. Qu’importe le grain, pourvu qu’on ait l’ivresse.
Enfin, je suis fier de m’être mis au service de David et d’avoir contribué à son Eldorado. Pour ça, j’ai dû endosser tour à tour les rôles de cycliste, masseur, psychologue, chronométreur, cuisinier et bien sûr marcheur. Ouf !
Mais, j’y retournerai volontiers et je souhaite que d’autres m’emboîtent le pas sachant que nombreux sont les marcheurs qui peinent à constituer une équipe complète.