Mon périple du PUY en VELAY jusqu’à St JACQUES de COMPOSTELLE,

29 Avril – 28 Juin 2009 ........ par Alain SOCHAS


Pourquoi le chemin de St Jacques de Compostelle ?

Mon épouse est décédée en 1998 .Sa disparition a été brutale. Cette déchirure était, pour moi, injuste.

J’étais révolté et j’avais envie de tout laisser tomber et de partir, de me prouver que j’existais, que la vie devait continuer, différemment et en ayant mal, besoin de couper les ponts, de changer d’air.

J’ai pensé à des circuits en montagne, au chemin de St Jacques de Compostelle.
Mes deux grands garçons ( 27 et 22 ans à l’époque ) m’ont aidé à réfléchir.
J’ai beaucoup échangé avec mes frères et sœurs .Nous avons parlé aussi du chemin.
Et, avec un peu de sagesse, j’ai repris une vie à peu près normale en pensant toujours au chemin. Chemin que je souhaitais faire dans sa totalité du Puy en Velay à St Jacques de Compostelle.

Et pour celà , il faut prévoir 2 mois minimum de marche. Hors, professionnellement, c’était impossible.

En 2005, je prends ma retraite. Mon projet va pouvoir se réaliser. Oui mais quand ?

En 2009, j’ai eu 60 ans et pour moi, c’était le moment de partir. A Noël 2008, j’ai annoncé à mes enfants ma décision de partir faire le chemin.

Préparation

Dès ma décision prise, je souhaitais ne rien laisser au hasard, pour réussir mon projet, pour aller au bout.

J’ai consulté des sites internet, j’ai beaucoup échangé avec un ancien collègue de travail qui a fait le chemin.

J’ai pris l’essentiel de son expérience et j’ai lu dans quelques guides, que j’ai achetés, ce qu’il faut faire et  ce qu’il faut éviter pour réussir.

Ce qui m’a amené à faire 800 km avant de partir, de faire mes chaussures, de bien préparer mon dos pour porter le sac et de penser à plein de « petits trucs »pour anticiper les surprises ou les désagréments du chemin.

A quel moment partir ?

Est-ce qu’il fera beau ? Est-ce qu’il ne fera pas trop chaud ? Y aura-t-il encore de la Neige ? Gèlera-t-il dans les Pyrénées ? Y aura-t-il du monde sur le chemin et dans les refuges ?

Autant de questions mais sans réponse.

Ma décision est prise de partir sur Mai et Juin. Les beaux jours arrivent ,et en Juin, les températures sont supportables en Espagne.

Nous décidons de partir le 29 Avril du Puy, car nous ne voulons pas être dans la bousculade des WE du 1er et du 8 mai avec des pèlerins qui vont affluer sur le chemin. Je dis nous car Suzanne va m’accompagner jusqu’à Cahors.

Le grand départ

Le 28 Avril,nous prenons le train qui nous conduit au Puy en Velay.

Nous avons du temps pour visiter la ville et trouver notre hébergement.

Première soirée entre futurs pèlerins autour d’un souper à l’ancien séminaire du Puy. Des pèlerins de France et d’ailleurs (Allemagne, Suisse, Pays Bas ).

Nous prenons rendez-vous pour le petit déjeuner matinal car nous voulons assister à la messe et à la bénédiction des pèlerins.
Après la messe, ce qui m’a le plus impressionné, c’est l’échange entre le prêtre,les religieuses et les pèlerins.

Nous étions environ 80 qui se sont présentés, dans notre langue originelle. C’est très fort et émouvant en même temps. J’ai pris conscience à ce moment là que nous ne serons pas seuls sur le chemin .Ce qui m’a marqué aussi, ce sont toutes les nationalités présentes. (Canada,Usa,Brésil,Corée,Japon,Canaries,

Suisse, Autriche, Allemagne, Belgique, Grande Bretagne,Pays Bas …….).

Ensuite, le prêtre qui avait célébré, nous a donné la bénédiction. Moment fort de cette première journée.
Maintenant, c’est le grand départ, le début d’une aventure qui va s’écrire à chaque pas.

Le chemin en France

A raison de 20 à 25 km par jour, nous voilà partis pour cette aventure à laquelle je tenais beaucoup. Est-ce que Suzanne va partager ma joie de vivre, mon rythme , mon envie de marcher et la vie de pèlerin (refuges,promiscuité,toutes les différences de notre vie quotidienne sans oublier le sac  que l’on porte pendant 5 à 6 heures tous les jours.)Eh bien je vous rassure, elle n’a eu aucun problème pendant nos deux semaines de marche ensemble. Elle est rentrée , parce qu’elle l’avait prévue mais avec un petit pincement au cœur. On avait vécu quelque chose de grand tous les deux, au milieu des autres et elle allait mieux comprendre ce que j’allais vivre sur ce chemin

Les soirées dans les refuges, hôtels, chambres d‘hôtes , campings se passent simplement et nous prenons nos marques de pèlerin (lessive,repos,visites,courses pour le lendemain ).Les soirées sont très riches. Nous échangeons beaucoup avec d’autres pèlerins, Etrangers et Français. Ce qui est le plus marquant,c’est la disparition de la « barrière sociale » sur le chemin. On aborde tous les sujets sans aucune arrière pensée et en toute liberté de partage. Celà va de notre équipement à la politique, l’économie, la crise en passant par la famille, les hobbies,le sport. Ces échanges sont très enrichissants et sains : personne ne juge. On respecte l’autre . Quelquefois nous continuons à bavarder le lendemain en cheminant.

Les groupes se constituent souvent par affinités.  Depuis St Privat, nous marchons souvent à proximité de pèlerins avec qui nous avons passé la première soirée. Chacun va à son rythme, s’arrête à sa guise. Le soir, même si nous ne sommes pas au même gîte, nous nous retrouvons au village étape. Ce sont de nouveaux échanges sur l’étape du jour et parfois, nous préparons l’étape du lendemain. Chaque pèlerin appréhende son chemin comme il le souhaite et souvent, il a besoin d’échanger sur son choix.

Nous échangeons beaucoup sur les structures d’accueil, nombre de places, nombre de douches, menu ou cuisine à disposition, humeur des accueillants, prix de la nuitée ou de la demi pension…..

Et c’est toujours avec un plaisir sincère que nous repartons le lendemain à une heure que nous avons fixée la veille pour se retrouver sur le chemin.

Le confort de marche pour chaque pèlerin est très différent. Comme si les douleurs des premiers jours ne suffisaient pas ( courbatures ),ce sont les ampoules qui apparaissent et qui perturbent la marche sur le chemin. Il y a aussi les tendinites, le mal au dos (sac à dos et couchage différent ).

Les plus expérimentés du chemin ont « leurs recettes ».C’est très sympa d’écouter l’expérience de certains et le besoin de soulagement d’autres.

Voilà, au fil des jours,ma vie de pèlerin,au milieu d’autres pèlerins.
Ce qui surprend,à chaque moment,à chaque virage,c’est ce besoin d’échange entre nous,ce besoin de partage,cette attention particulière et permanente.

Les paysages sont magnifiques. Et, ce que j’ai vu en Avril, en Mai et en Juin, sera différent à une autre période. Les paysages traversés le matin, sont différents, par la lumière, la clarté, les nuages si on les traverse à un autre moment de la journée.

Nous sommes partis de St Privat d’Allier dans le brouillard et 30 mn après, nous marchions sous un ciel bleu avec le soleil qui nous réchauffait. Cette beauté et cette diversité des paysages sont vraiment plaisantes. Si je devais émettre un classement,je mettrai l’Aubrac en n° 1.Cet immense plateau,désertique ,au moment où nous l’avons traversé,mérite le recueillement et de l’admiration. Je me suis imaginé le dur travail de l’homme,dans un pays au climat difficile,par le froid et l’eau,délimiter les parcelles et les chemins en allant chercher les cailloux dans les champs pour libérer l’herbe et les plantes qui assureront la nourriture des animaux. Cette traversée de l’Aubrac m’a permis de me conforter sur l’amour de l’homme pour sa terre. J’ai rencontré des éleveurs qui préparaient les clôtures pour sortir les animaux au pré .Nous étions début mai et les animaux étaient encore à l’étable. Ils préféraient attendre pour sortir les animaux que le temps s’améliore plutôt que « de déterriorer »les prairies  C’est une réserve naturelle qu’ils protègent.

En cours de chemin,j’ai traversé d’autres régions qui ne m’ont pas marqué comme l’Aubrac ou le Pays Basque.
Tant pour la beauté des paysages que par les rencontres avec les habitants de ces régions.

Je pense notamment à la traversée du Gers. Que ce soit la zone polyculture élevage ou la zone viticole de l’Armagnac. Les rencontres,avec les habitants de ces contrées,sont plutôt rares et les paysages ,à cette période,sont ordinaires. Un petit bout de chemin reste tout même très joli et très agréable pour cheminer :c’est la vallée du Lot surtout le matin ,tôt,avec la brume qui s’élève au dessus de la rivière.

Des villes comme Conques,Figeac,Moissac,sont des étapes obligatoires. Je n’ai pas pu rester indifférent à la beauté des différents monuments,à leur architecture,à cette paix intérieure qui nous saisit quand on pénètre dans ces lieux chargés d’histoire. J’ai vécu des moments de recueillement intense. C’est peut-être aussi ce qui m’a permis d’aller plus loin, jusqu’à St Jacques. Je garde un excellent souvenir du Cloître De Moissac que j’ai visité avec Michel,un pèlerin de St Brieuc. Il y avait ,à l’heure où l’avons visité,un éclairage parfait qui amplifiait les couleurs des colonnes et tout cela contrastait avec le vert de la pelouse intérieure du cloître. C’était magnifique.

En Pays Basque, j’ai marché avec des amis qui habitent à 50 km de St Jean Pied de Port. Ils ont envie de faire le chemin tous les deux. Actuellement,ils réfléchissent et se posent des questions sur le chemin.
C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai marché avec eux pendant deux jours. Ils m’ont présenté le Pays Basque,leur pays à eux. J’ai beaucoup apprécié ces deux jours ensemble car hormis les paysages,qui sont magnifiques,nous avons échangé sur le chemin,sur la culture basque,sur l’histoire du pays Basque,sur leur vie au pays Basque.

Nous avons pris un pot à St Jean Pied de Port et c’est là que nos routes se séparaient. Eux rentraient chez eux et moi, j’entamais la deuxième partie de mon périple pour essayer de me rendre à St Jacques de Compostelle.

Le chemin en Espagne

Le 28 Mai à 8h30, avec Charlie de GATINEAU ,au Québec et Jean Paul de St LÔ dans la Manche,nous prenons le chemin de l’Espagne. Nous allons marcher jusqu’à St jacques ensemble. Il fait frais et le ciel est dégagé.

La montée est rude mais nous étions préparés. Nous marchons déjà depuis un mois et nos corps sont habitués. Dans la descente du col vers Roncevaux,Jean Paul se tord la cheville. Nous faisons le nécessaire immédiatement et nous continuons notre descente. Arrêt à Roncevaux pour se restaurer et faire le point de cheville. Jean Paul se sent capable d’aller jusqu’à Espinals , notre halte du soir. Nous sommes heureux d’être arrivés,mais fatigués. La nuit sera réparatrice puisque le lendemain matin, la cheville de Jean Paul n’est pas douleureuse et nous pouvons repartir.

Nous réalisons que nous sommes sur la deuxième partie de notre chemin. C’est l’Espagne avec ses différences :langue,habitudes,signalétique du chemin….Mais nous nous y habituons vite. Nous trouvons plus de monde et surtout plus d’étrangers .En discutant avec les uns et les autres,on s’aperçoit que pour beaucoup d’entr’eux,le chemin de Compostelle,c’est le chemin en Espagne :le Camino Frances. Y compris pour les Espagnols.
Nous traversons toujours des paysages magnifiques. J’ai beaucoup aimé la cathédrale de Pamplune. Malheureusement,il y a des travaux et en plus, pour les photos,ce n’est pas terrible,il n’y a pas de recul. Mais ce n’est pas spécifique à Pamplune.

Après Pamplune,c’est la marche vers les éoliennes .Elles sont loin,mais,on a envie d’aller voir pourquoi il y  en a tant et qu’y a-t’il derrière ? Ma curiosité sera récompensée après une marche longue et pentue mais le coup d’œil en vaut la peine.

Nous marchons toujours à la même cadence mais nous partons plus tôt le matin. En effet,il fait beau et

de plus en plus chaud. Donc pour ne pas être gêné par les fortes températures, nous décidons de partir vers 6 heures le matin. Ce départ matinal nous permet d’arriver entre 10 h 30 et 11 h 30, et de ne pas avoir de surprise à l’accueil de l’étape. A partir de ce moment là,nous sommes obligés de nous reposer après le déjeuner sinon,je pense que nous ne tiendrons pas .En discutant avec d’autres pélerins,je m’aperçois que nous ne sommes pas les seuls dans ce cas là !!! Nous traversons des paysages variés et j’en profite car je sais que dans les semaines suivantes,ce ne sera plus pareil.

Ce qui me surprend le plus,en Espagne,ce sont les lieux de culte qui sont fermés. Quelquefois,en traversant des villages,les églises sont belles et j’aimerai bien m’y attarder cinq minutes,mais c’est impossible car elles sont fermées. Tout comme les établissements de restauration. Sur le chemin,si tu ne peux prendre le petit déjeuner à l’albergue,avant de partir,c’est la galère pour trouver quelque chose d’ouvert. Mais on s’y fait !

Une autre découverte :c’est la différence de vie quotidienne.

Les Espagnols vivent en décalé par rapport à nous. Quand nous allions nous coucher, vers 21h30 – 22 h,pour eux,la vie commençait. J’ai vécu quelques soirées et nuit blanches. Mais je trouve que c’est une façon de mieux connaître les coutumes des gens surtout quand celles-ci sont différentes des nôtres. Plusieurs fois,

en partant le matin,nous rencontrions des jeunes qui n’avaient pas terminés la fête et les dialogues ont toujours été sympa.

J’étais impatient d’arriver en Rioja ,d’abord pour le vignoble et aussi pour la région. Je suis resté sur ma faim. En effet,début juin,nous sommes loin des vendanges et les bodégas ne sont pas ouvertes. De plus,les vignes étaient désertes. Pas ou peu de travaux à effectuer et souvent, c’est la machine qui prend la place de l’homme. Même la Fontaine du monastère d’Irache était fermée….Nous devions marcher trop vite ou trop tôt. Celà ne m’empêchait pas de regarder les paysages et de bavarder avec les habitants quand nous en rencontrions.

Nous marchons dans la Meseta . C’est je crois,l’endroit le plus dur et le plus hostile que j’ai emprunté sur le chemin. Heureusement,il ne faisait pas chaud et un petit vent d’ouest ,sans pluie,nous rafraîchissait. Pour ceux qui ne connaissent pas,c’est plus de 200 km sur des chemins de cailloux avec des tas de cailloux dans les champs,des cultures qui souffrent du manque d’eau et très peu de villages traversés. Et très très peu de végétation pour vous arrêter à l’ombre pour se restaurer. J’étais très heureux d’arriver au bout.
Je retrouve un chemin comme je l’aime : avec des clôtures,avec de la végétation,avec des oiseaux et des petits animaux,avec des habitations et des gens avec qui parler ….Je revis et d’un seul coup,le moral et la joie de vivre sont revenus.

Je ne serai pas complet si je ne parlais de deux édifices gigantesques, tellement beaux et remplis d’histoire.
Ce sont les cathédrales de Burgos et de Leon. Elles sont différentes mais elles ont chacune leur architecture, leur charme,leur histoire. Je me sens tout petit devant ces constructions. J’ai du mal à réaliser qu’il a fallut plusieurs siècles aux bâtisseurs pour réaliser ces chefs d’œuvres et avec leur savoir et une vision d’avenir impressionnante. Ce qui est fabuleux c’est le mariage de deux styles (roman et gothique) sur le même édifice et la capacité des bâtisseurs à continuer la construction sur des périodes différentes.

C’est tout simplement titanesque.

Je poursuis mon chemin , toujours accompagné de Charlie et de Jean Paul,auxquels sont venus se greffer à nous François de Moissac qui fait ,cette année,le Camino Frances et Alain de Nancy qui,lui ,est parti de Vezelay. C’est sympa de cheminer à cinq. Nous allons chacun à notre rythme, et à l’arrivée à l’étape,nous sommes heureux de nous retrouver et surtout de passer la soirée ensemble.

Chaque jour me rapproche de St Jacques. C’est l’aboutissement de mon projet,mais chaque jour,je suis heureux de faire les 25 ou 30 km de chaque étape en espérant de tout cœur qu’il ne m’arrivera rien. Des balises sur le chemin indiquent les km qui me séparent de St Jacques. C’est un peu euphorisant,car la distance se réduit et j’ai tendance à transformer les km en jour de marche. Jean Claude, un pèlerin m’avait prévenu. Plus tu approcheras, plus tu voudras arriver vite. Sois patient, prend ton temps, ne change pas tes habitudes. Je suis sur que c’est lui qui a raison.

Une Etape m’a beaucoup touché. C’est l’étape où nous passons à la « croce di ferro  ».J’étais au pied de cette croix à 6h30 le matin. Le jour se levait et le soleil changeait les couleurs du ciel. C’était féérique. Je n’avais pas apporté de cailloux (je crois que je n’aurais pas été assez fort pour transporter tout ce qu’il m’aurait fallu !).Je suis resté à me recueillir et je suis reparti mais difficilement …

Au fil des km, j’arrive en Galice. Je me rapproche de plus en plus du but de mon projet. Je suis de plus en plus impatient d’arriver mais je me souviens à chaque instant de ce que m’a dit Jean Claude. A certains endroits,j’ai l’impression d’être en Bretagne et les murets qui entourent les parcelles me rappellent l’Aubrac.

Les bornes kilométriques défilent. En principe, nous devrions arriver dimanche 28 Juin pour la messe des pélerins et la mise en mouvement du botafumeiro.

Pour l’instant, nous traversons les forêts d’immenses eucalyptus qui embaument notre marche. C’est impressionnant de voir leur taille. J’ai l’impression d’être dans la forêt équatoriale. C’est très ressourçant de marcher dans et sous cette végétation luxuriante. Il y a de plus en plus de pélerins .Je remarque beaucoup de groupes espagnols,jeunes et moins jeunes et faiblement chargés. Les pélerins ne semblent pas marqués par les km. Ce qui m’impressionne,  c’est de les trouver sur le chemin, alors que je ne remarque personne dans les albergues où je m’arrête.

Cette arrivée à St Jacques, je l’attends avec impatience, et en même temps, je l’appréhende. Je suis heureux d’arriver à St Jacques, fatigué,heureux d’atteindre le but de mon projet et quelque part,je voudrais que cette aventure ne s’arrête pas. Ces deux mois de marche, de partages,d’échanges avec les autres me  touchent profondément. J’ai presque peur de retrouver « le monde normal ».

Après une nuit passé à Lavacolla, je pars avec mes compagnons de marche à 6 h du matin ,dans le noir et avec du crachin, pour la dernière étape qui est courte mais notre objectif,c’est de prendre une place à l’albergue à St Jacques pour se doucher et se changer et partir pour la cathédrale. En discutant avec un

compagnon de marche ,nous allons essayer , avant la messe ,de faire le nécessaire pour obtenir notre Compostella. Nous trouvons l’endroit tant attendu et les personnes administratives valident nos crédenciales

donc notre périple .Ce précieux sésame en main,nous nous dirigeons vers la cathédrale qui est voisine .

Dans les rues adjacentes à la cathédrale, je croise énormément de pélerins. C’est féérique. Les retrouvailles sont nombreuses et l’émotion est très forte. Je retrouve des pélerins que je n’avais pas vu depuis 8,10,12,15jours voire plus. Ce sont des retrouvailles sincères, pleines d’émotions, pleines de larmes de bonheur….On se remémore certains bouts du chemin, certaines soirées en albergue.

Eh puis c’est le choc :la cathédrale de Santiago est là,bien là. Depuis le temps que je me disais :j’irai là bas à pieds .Eh bien j’y suis ,heureux et très ému devant ce monument gigantesque et rempli d’histoire où des milliers et des milliers de pélerins sont passés avant moi,au travers des siècles précédents.

Mais tous , nous voulons assister à la messe,donc on entre dans la cathédrale en se disant que l’on se retrouve à la sortie après la messe et la bénédiction des pélerins. Là c’est la deuxième séance de retrouvailles ,à l’intérieur de la cathédrale,toujours aussi intense,toujours autant émotionnelle. Je retrouve d‘autres pélerins,français et étrangers. Quel bonheur, quelle joie, je ne trouve pas les mots pour exprimer ce que je ressens mais c’est très fort et très profond.

La messe se déroule avec tout le faste d’une messe de pélerins , un dimanche. J’apprécie ce recueillement même si ce n’est pas facile au milieu des allées et venues dans les allées et le crépitement des appareils photos. Mais c’est peut-être ce qui fait la richesse de St jacques de Compostelle. Juste une petite déception, le  botafumeiro ne fonctionne pas. C’est peut-être un signe pour que je revienne une autre fois !!!!

A la sortie, ce sont de nouvelles retrouvailles mais aussi des séparations.Là encore, de l’émotion, des pleurs de tristesse . Je me rends à l’évidence, mon périple se termine bel et bien pour moi aussi puisque je vais rentrer en France. Avant,je vais aller à Fisterra, en bus avec Jean Paul. Charlie nous a quitté lundi matin.Il va à Fisterra à pied, et ensuite ,après un passage au Portugal,ce sera le retour au Québec.

Voilà succintement quelques lignes de mon périple sur le Camino. Je pense avoir dit l’essentiel.

Je pense que chaque pèlerin doit faire son chemin, pour lui, comme il le souhaite, quand il le souhaite, et avec qui il le souhaite …….

….. BUEN CAMINO ....                                                                                      Alain SOCHAS