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La Marche en France depuis le début du siècle

La Marche en France depuis le début du siècle

Monsieur de La Palisse l’aurait affirmé sans rougir, la marche existe depuis le fond des âges, depuis que l’homme a su trouver son intérêt dans le mouvement. Du premier pas de l’homme au premier pas sur la lune ...

De fait, historiquement, la marche sportive en France n’est mentionnée qu’à partir de 1852, date de la fondation de l’Ecole de Joinville qui inscrivit cette discipline à son programme d’instruction physique.

Il faudra toutefois attendre la fin du siècle pour voir apparaître, en 1892, la marche compétitive, avec le Paris-Belfort (496 km, couverts par Ramogé, cette année-là, en 100 h 05’). D’autres épreuves lui emboîtent le pas : Paris-Le Havre-Paris (444 km), Paris-Roubaix (284 km), Paris-Le Tréport et Saint Germain-Trouville (170 km).

Premières épreuves, premiers champions, sortes de « marcheurs inconnus » pour un arc-de-triomphe qu’on omettra d’élever à leur mémoire. Inconnus, sinon anonymes : Péguet, Erwetz, Cazeaux, Desgrandschamps, etc… Le siècle fait ses comptes, la marche s’organise. Les premieres réglementations sont dictées : en 1892, celle de l’U.S.F.S.A. (Union des Syndicats Français des Sports Athlétiques), en 1896, celle de la F.S.A.F. (Fédération des Sports Athlétiques Française).

Le XXe siècle peut commencer, les premiers records-références peuvent tomber : Louis Ortegue couvre qui, passant par Marseille, mènent de Turin à Barcelone (1901). La même année, Emile Anthoine – grand marcheur devant l’éternel - accroche le record des 100 km. En 1903 et 1904 surgissent tout à la fois des épreuves d’endurance remarquables de modération (Paris-Reims, Paris-Troyes), un sage tour de Paris et des courses aussi folles qu’éphèmères : un Bordeaux-Paris extravagant (611 km) et un Toulouse-Paris tout à fait déraisonnable (737 km).

Sensiblement moins déraisonnable, toutefois, pour la pertience que s’inflige, sur son île, un britannique de la même époque : W. Buckler, de Manchester, couvre 3.264 km en 1000 heures !

La série de marches folles n’est pas close : on note encore un Paris-Lyon, de 1911 à 1913, qui réveille pour un temps le monde de la marche de fond, épreuve moins déraisonnable que le Toulouse-Paris.

N’empêche, la guerre va donner, en 1914, un coup d’arrêt à ces compétitions. Emile Anthoine, dont on a pu apprécier le long palmarès, aura toutefois encore le temps de remporter à Gand (Belgique) un double titre de champion du monde sur les deux distances de 30 miles et 50 km.

Après l’Armistice, ce sera encore Anthoine qui renouera avec la victoire, en 1919, lors d’un championnat interrallié disputé en Allemagne : il marche ses 13,8 km en 1 h 08’ 45’’. Nouveau creux de la vague, jusqu’à la création, en 1926, du Paris-Strasbourg. Cette année-là fut aussi celle de la création de la Fédération Internationale de Marche.

En 1924, l’infatigable Emile Anthoine suggère la création d’une épreuve olympique. La formule fut retenue, en 1932, c’est à Los Angelès que furent courus les premiers 50 km qui remplacèrent la traditionnelle épreuve de piste, qui fut souvent l’occasion d’incidents multiples.

De nos jours, on court encore le Paris-Strasbourg, mais à l’envers, ce qui n’enlève rien aux mérites des engagés. Mais, hors ce grand moment, chaque année, que sait-on de la marche en France ? Rien ou presque rien. Même les journaux sportifs n’y consacrent, à l’occasion, et les occasions se font peut-être trop rares, que quelques lignes. Il est certain que si les pouvoirs publics et la fédération d’athlétisme voulaient bien consacrer quelques efforts de plus, à la promotion de cette activité sportive populaire (d’aucuns ont pu la définir comme « prolétaire ») la marche y gagnerait quelque lustre. Car c’est un sport qui vaut vraiment le coup (de pied).

Source : Article paru pages 49 et 63 de l’Agenda Guide du Coureur à Pied et du Marcheur 1981 de Gilles Lhote.

Document transmis par Guy Destré

Daniel DUBOSCQ